Web reportage : ces poitevins qui boudent la viande...

Dimanche 20 mars avait lieu la journée internationale sans viande.

Pour l'occasion, je me suis intéressée à mes concitoyens poitevins qui réduisent ou arrêtent leur consommation de viande.

 

Un samedi après-midi sur Angoulême, les rues fourmillent de passants qui profitent des premiers rayons de soleil du printemps. La terrasse de la brasserie Le Saint-Martial est remplie et l'air chargé de l'odeur de viande grillée évoque les barbecues entre amis, les chaudes soirées d'été, l'apéritif charentais, pineau,  cognac et franche rigolade. Mais un petit groupe d'individus s'est installé juste en face pour défendre un autre art de vivre. C'est avec un jour d'avance, ce samedi 19 mars que se tenait à Angoulême la « journée sans viande » proposée par la toute jeune association Protection Animale Charente créée en septembre l'année dernière.

  

La journée s'organise de 10h à 19h30 autour de plusieurs stands de dégustation de produits végétaliens (sans œufs, sans lait et sans miel), d'information sur les valeurs nutritives des aliments, de vidéos de sensibilisation et d'activités ludiques pour les enfants. Quelques curieux s'arrêtent, accueillis par des militants de tout âges aux sourires et à la passion portée au visage.

 

L'image du hippie déambulant nus pieds ou de la quarantenaire maigrichonne aux traits tombants par manque de protéines semble n'être plus qu'un ringard souvenir. Le flexitarien, celui qui consomme de la viande raisonnablement et de manière responsable (label bio, respect du bien-être de l'animal) le végétarien, qui ne se nourrit plus de chair animale, le végétalien, qui ne mange pas de sous-produits d'origine animale (lait, miel, œufs) ou encore le végane, celui qui refuse toute exploitation des animaux (laine, cuir... ), d'aujourd'hui c'est Madame ou Monsieur tout le monde à l'Indice de Masse Corporelle correct. Pour y voir plus clair, je suis donc allée par la suite à la rencontre des charentais, deux-sévriens – Pauline, Coraline, Régis-Pierre et Clément - qui ont réduit ou stoppé leur consommation de viande. Quelles sont leurs motivations ? Quel regard porte-t-on sur eux ? Comment vivent-ils leur régime alimentaire ? Je vous propose chaque semaine de suivre mes analyses et réflexions issues de ma rencontre avec ces régimes alimentaires alternatifs.

La question environnementale : enjeux et perceptions (semaine 1)

Le 20 mars, Le Monde publiait en ligne une courte vidéo de quatre minutes faisant le point sur l'impact du développement exponentiel de l'élevage industriel sur l'écologie. On y apprend qu'il faut aujourd'hui 15 500 litres d'eau pour produire un kilogramme de bœuf, 4900 litres pour un kilogramme de porc et 4000 litres pour un kilogramme de poulet. Ces animaux produits de consommation ont également besoin d'être nourris et un kilogramme de viande représente entre sept et douze kilogrammes de céréales engloutis. La population mondiale ne cessant d'augmenter, nous serions bientôt 11,5 milliards d'individus d'après le dernier rapport des Nations Unies datant de juillet 2015, l'agriculture, l'exploitation des ressources naturelles (eau et forêts) se fait toujours plus intensive. 80% de la déforestation est imputée à l'exploitation agricole depuis  les années quatre-vingt dix, selon le rapport du 14ème congrès forestier mondial, dont une grande part sert à nourrir les 65 milliards d'animaux abattus dans le monde chaque année.

 

L'élevage intensif, une problématique environnementale reconnue.

 

Cette course effrénée de la production de viande entraîne toute une série de conséquences environnementales, du réchauffement climatique lié au rejet des gaz à effet de serre à la pollution des sols due aux engrais, l'Homme est parvenu à faire disparaître près de 1300 espèces depuis le début de l'ère industrielle comme le précise des chercheurs américains dans un article de la revue Science Advances publié en juin l'année dernière.

 

En 2006, le FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) émet un rapport alarmant. L'élevage produirait ainsi plus de gaz à effet de serre que le seul secteur des transports comme l'hémioxyde d'azote au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que le CO2 et les ruminants rejetteraient 64% de l'ammoniac, responsable des pluies acides. 70% des forêts d'Amérique Latine ont été transformées en pâturages qui participeraient largement à la pollution de l'eau et des sols. Avec une hausse de 2 degrés prévue à l'échelle mondiale, ces chiffres n'ont cessé d'augmenter en dix ans. 

Les jeunes et l'environnement.

 

Les jeunes poitevins que j'ai interrogés sont tous soucieux de réduire au maximum leur empreinte écologique et ne dissocient pas leur habitude alimentaire d'un engagement personnel pour l'environnement. Pour Régis-Pierre Fieu, professeur de français deux-sévrien en exil au Canada, nous ne nous pensons plus comme faisant partie intégrante d'un écosystème et manger quotidiennement de la viande c'est nourrir un mode de production qui déséquilibre la balance : « Si je devais me retrouver dans les bois et chasser pour nourrir ma famille, comme les Norvégiens au Nord du pays, ça ne me poserait pas de problème. »

 

L'être humain est un animal polluant. Les médias, les associations locales, les grandes ONG et les organisations internationales sonnent régulièrement l'alarme. 

 

 

Coraline, 25 ans, psychologue angoumoisine et végétarienne depuis cinq ans relativise en souriant : « Le meilleur moyen de ne plus émettre de déchets serait d'être mort. » Sans aller jusqu'à la mesure extrême proposée par Paul Watson, activiste à l'initiative du mouvement Greenpeace et fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society pour la protection des océans, qui suggère aux parents de suivre des cours de responsabilisation afin de réduire la population mondiale dans l'émission On est pas couchés du 23 janvier, l'enjeu environnemental et humain d'une réduction de notre consommation globale de viande est immense et les climatosceptiques de moins en moins écoutés. Véritable acte citoyen, réduire ou arrêter sa consommation de viande c'est aujourd'hui être ouvert aux problématiques de son temps. 

 

Sonia Carré

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Camille (mercredi, 13 avril 2016 16:00)

    De part les multiples religions co-habitant en Inde, il y a possibilité de manger soit Vegan, végétarien ou de la viande avec grande facilité dans les lieux publics. Quel bonheur! Je me rend compte que je n'ai pas mangé de viande depuis deux semaine, enfaite depuis que je suis dans ce pays. (Je ne suis pas encore tombée sur un HFC sûrement ^^) Je mange dans des petits restau ou un large choix de plat est proposé. La viande ne me manque pas pour l'instant... Cela me fait prendre conscience que ne pas vouloir manger de la viande en France est assez compliqué à partir du moment où on mange à l'extérieur... Cela est vu comme une pseudo mode et coûte ultra cher! En tout cas, je suis contente d'expérimenter de nouvelles habitudes culinaires et souhaite les conserver pour mon retour ici...
    Super premier article!

  • #2

    Sonia (jeudi, 14 avril 2016 06:28)

    Merci Camille ! Un prochain article sur les difficultés, ou non, à être végétarien, végétalien ou végane en France est justement en cours de préparation. Ton témoignage est très intéressant et met en valeur le poids de la tradition culinaire. Manger ou ne pas manger de la viande est une problématique éthique et philosophique qui a des racines très profonde dans un système de civilisation avec notamment l'influence de l'hindouisme en Inde. Réflexion à suivre... Parution en fin de semaine de "L'Homme, un animal humain ?", oups spoiler !

  • #3

    sprawdź ofertę (vendredi, 08 septembre 2017 18:03)

    niewilżenie