News² 's night out on the town...

Une Nuit Debout à Angoulême

Et oui, Angoulême, petite ville de province, préfecture de la Charente avec ses 42 014 habitants au compteur de 2015 et son renommé festival international de la Bande dessinée, a aussi sa Nuit Debout.

 

Le 31 mars dernier, des milliers de personnes ont décidé de ne pas rentrer chez elles après les manifestations contre la loi travail et se sont installées aux quatre coins de la France occupant divers lieux publics. Nuit Debout se présente comme un mouvement de libération de la parole citoyenne. La politique "c'est l'affaire de tous" peut-on lire sur leur site internet. Dans un climat généralisé de méfiance à l'égard de la gouvernance du pays, François Hollande largement en baisse dans les sondages, le parti socialiste et la droite divisés, la multiplication des grèves, la montée de l'extrême droite, Nuit Debout se veut une alternative démocratique remettant aux mains des citoyens la chose publique. Le rassemblement Place de la République à Paris attire tous les jours l'attention des médias mais la Nuit Debout mobilise aussi en province... 

Une troisième Nuit Debout pour Angoulême

 

Vendredi 22 avril, où 53 mars suivant le calendrier de Nuit Debout, je suis donc allée à la rencontre des angoumoisines et angoumoisins, place Marengo.

 

C'est la troisième fois qu'ils se retrouvent, chaque vendredi depuis le 31 mars. Ils s'étaient d'abord installés sur la place du Champ-de-mars mais ils ont souhaité trouver un autre lieu, en cause, la configuration de la place, vaste et légèrement décentrée. Tout comme la Place de la République est un symbole fort de la mobilisation citoyenne à Paris, ils ont tenté de poser leurs tivolis à l'Hôtel de ville, ce qui leur a été refusé m'explique Bernard, à l'origine du mouvement angoumoisin avec David Pougnaud et Pascal Lefort. C'est finalement sur la place Marengo que je les retrouve devant la statue d'Hergé, le célèbre dessinateur belge, emblème de la ville et de son festival, dans l'hypercentre. 

 

18h, la mise en place

 

Il est 18h, et les organisateurs ou plutôt les habitués de Nuit Debout, puisque chacun est acteur du mouvement, se pressent pour préparer la soirée et la nuit. Il n'y a pas eu d'affichage pour l'annoncer cette fois-ci, il manque à l'appel quelques habitués principaux mais les premiers arrivés mettent rapidement la main à la pâte. Les nuages menaçants font craindre un nouveau déluge comme la semaine précédente, il faut installer rapidement les bâches, par chance la météo sera cette fois-ci plus clémente.

 

On installe le buffet, la boîte à dons, de la lecture pour attiser la curiosité des passants, le Petit Dictionnaire pour lutter contre l'extrême droite de Martine Aubry et d'Olivier Duhamel, L'hypothèse communiste d'Alain Badiou, un exemplaire du Libération du weekend dernier titrant "Nuit Debout nuits débats" et même un exemplaire de Pif Parade pour occuper les enfants qui préfèrent, pour le moment, questionner leurs parents sur le rassemblement en place.

 

Le programme a été décidé lors d'une assemblée générale mardi, à la Maison des Peuples et de la Paix, où tout curieux peut se joindre au groupe des vingt-cinq organisateurs principaux. 

 

Nuit Debout dans la rue, Nuit Debout sur la toile

 

Si le mouvement a rassemblé près de quatre-vingts personnes la première nuit, cent cinquante la seconde et n'en a réuni qu'une cinquantaine vendredi, Jean-Luc, en charge de la communication m'explique que la page Facebook "Nuit Debout Angoulême" est cependant suivi par cinq cents abonnés qui font vivre sur la toile le mouvement. Contre la solitude et l'individualisme qui divise et freine l'action, rassembler est le mot d'ordre de Nuit Debout. Internet, plus qu'un relais de la manifestation physique devient alors une plateforme de partage et d'échange comme cela a déjà été observé avec la pétition contre la loi travail ou les vidéos "On vaut mieux que ça". Une application mobile disponible sur Androïd et iOS a même récemment été créée pour rassembler tous les nuit deboutistes qui peuvent chater, suivre Radio et TV Debout, et le mouvement sur les réseaux sociaux.

 

20h, la nuit débute...

 

C'est avec un peu de retard et sur fond d'un concert de punk rock à la MPP juste derrière que commence cette troisième Nuit Debout angoumoisine. Pour permettre la fluidité des débats, les participants sont conviés à s'exprimer en utilisant leurs mains et leurs bras. Puisque Nuit Debout se veut être un mouvement qui replace l'humain au cœur des préoccupations politiques, rien de mieux qu'un jeu de présentations en ouverture. Les participants sont invités à se placer deux à deux, à prendre la parole à tour de rôle et présenter leur partenaire. Aux présentations s'entremêlent les motivations et les propositions de chacun. 

 

La question de l'organisation du mouvement...

 

Effet boomerang des médias et politiques qui interrogent constamment le mouvement sur ses intentions, son avenir politique, sa puissance d'action ou désir véritable pour Nuit Debout de passer à la vitesse supérieure, la question du ralliement aux syndicats ouvre le bal.

 

Une jeune femme était mercredi à la Bourse du Travail à Paris où le journal Fakir et le collectif Convergence des luttes, à l'origine de Nuit Debout, proposaient justement de s'allier aux syndicats. La question fait débat. Certains voient justement Nuit Debout comme une alternative au syndicalisme qui n'a pas su répondre à leur détresse. Deux syndicalistes observent de loin le débat mais refuse de se dévoiler. Elles ne sont présentes qu'en "soutien moral et matériel" pour ne pas avoir l'air de récupérer Nuit Debout.

 

"Les organisateurs c'est moi c'est vous"

 

Le micro circule. Récits de vie chaotiques, colères, chômage, précarité, environnement, vie politique, blagues sur le scandale des Panama Papers, le parlement européens. On propose aussi des actions concrètes au niveau local. L'élargissement du mouvement et sa légitimité dans les quartiers comme le Champ de Manœuvres, l'Houmeau, Basseau est discuté. "Il n'y a que maintenant que vous vous réveillez", un Nuit Deboutiste rend compte de ses discussions avec les associations présentes sur le terrain. Nuit Debout a-t-elle pour vocation de forcer la rencontre avec un public qui n'est pas particulièrement demandeur ou ne doit-elle pas se repenser pour inclure cette partie de la population mentionnée dans les discours mais peu représentée dans les débats publics ? 

 

Toujours dans cette même idée d'aller vers l'Autre et de mettre en avant la dimension pacifique du mouvement, on se met à débattre violences policières. Un atelier d'écriture de tracts à destination des policiers, "pour leur rappeler qu'ils sont au service du peuple", s'organise. Dans la foulée, un autre groupe se forme d'une dizaine de personnes pour penser les actions concrètes que la Nuit Debout angoumoisine peut réaliser. 

 

Où sont passés nos cours d'ECJS ?

 

La nuit va alors se poursuivre par des débats mouvants, la création d'une assemblée constituante ludique (les participants s'imaginent sur un bateau et doivent rédiger une constitution), un atelier écologie et une boîte à idées pour les plus timides qui n'osent pas investir le micro. Les objectifs de Nuit Debout sont avant tout de faire circuler la parole, sortir de l'isolement le citoyen désabusé et lui redonner le goût de l'action. 

 

 

Créations citoyennes, créations artistiques

 

Camille, réalisatrice de documentaires, me confie qu'elle a trente ans et n'a jamais vu une initiative citoyenne de cette ampleur en France. Elle est venue une première fois, pour voir, et filme désormais avec Nicolas et sa Caméra Debout des bribes de la nuit. "Il y a beaucoup de gens qui ne votent pas, qui ne sont pas intéressés par la politique et qui défendent des idées humanistes." Elle remarque cependant l'absence des étudiants du Pôle Image ou encore de quelques artistes qui ne franchissent pas encore le pas de la rue, même s'ils partagent les mêmes idées. On compte ce soir deux Caméras Debout mais aussi une dessinatrice et un dessinateur. 

 

Le nombre ne fait pas la force

 

Vers minuit, le débat général se poursuit avec une mise en commun des différentes réflexions de la soirée. Cette troisième Nuit Debout n'aura pas rassemblée plus d'une cinquantaine de personnes, les rues d'Angoulême étaient plutôt désertes ce soir-là, la faute aux vacances ? En tout cas, ils n'en resteront pas là, Nuit Debout se retrouve vendredi prochain, même heure, même place et annonce son ralliement au pique-nique citoyen du 1er mai. 

 

Réflexions à suivre...

 

Sonia Carré


Écrire commentaire

Commentaires : 0