Web reportage : ces poitevins qui boudent la viande... (semaine 3)

Si l'impact écologique de l'élevage intensif et des cas de cruauté animale sont reconnus, l'importance de la consommation de viande dans notre régime alimentaire est encore sujette à de vifs débats. Le 26 octobre 2015, l'OMS classait la consommation de viande rouge comme « probablement cancérogène pour l'Homme », responsable hypothétique de 50 000 morts par an et dans le monde... Je vous propose aujourd'hui de faire un petit tour des opinions sur la question avec des poitevins qui expérimentent dans leur quotidien l'arrêt de la viande.

Un esprit sain dans un corps sain ?

Harmonie de l'esprit et du corps

 

État d'esprit, art de vivre, le végétarisme, le végétalisme ou encore le véganisme recouvre divers aspects de la vie quotidienne et citoyenne qui se répondent.

 

S'inquiéter du bien-être animal, et notamment de ce qu'il consomme, comme les antibiotiques pour augmenter toujours plus les rendements, revient à se préoccuper de ce que l'être humain ingurgite lui-même, actuellement au sommet de la chaîne alimentaire.

 

Crise de la vache folle, grippe aviaire dans le Sud-Ouest, les scandales sanitaires sont les maux de notre ère. Les régimes alimentaires sans viande peuvent-ils alors apporter une réponse ? 

 

 

La recherche du "bio"

 

L'alarme sanitaire n'est pas nouvelle et le déploiement de l'agriculture biologique qui attire de plus en plus de consommateurs et les marchés en est la preuve la plus évidente.

 

Pour lutter face à la transmission de l'antibiorésistance, faut-il alors se tourner vers les fruits et légumes, malades eux de pesticides ? Les jeunes poitevins que je suis allée interroger consomment pratiquement tous, quand ils le peuvent, des produits issus de l'agriculture biologique. Manger local pour mieux contrôler la provenance de ses produits, apprendre à lire les étiquettes pour détecter le vrai "bio" du demi ou du faux "bio" sont autant de solutions de débrouillardise qu'ils ont mis en place.

 

To be or not to be... végétarien pour ma santé ?

 

Sur le quotidien électronique Terra Éco, consacré au développement durable, on pouvait lire le 29 mars, peu de temps avant la fermeture du bimédia, les chiffres d'un sondage réalisé par opinionway sur la population végétarienne en France. Sur la base d'un échantillon représentatif de 1052 personnes interrogées, opinonway nous révèle, entre autre, que sur les 3% de végétariens français, 28% le sont devenus pour des raisons de santé dans un premier temps et 47% en ont pris conscience dans un second temps. Les raisons éthiques (43% dans un premier temps puis 78% dans un second) et environnementales (22% puis 53%) sont en tête de liste. 

 

Et les carnistes ?

 

Ils sont 31% à considérer que les végétariens souffrent de carences alimentaires et seulement 5% à penser qu'ils jouissent d'une meilleure santé. La précellence du régime sans viande en matière de santé publique, argument avancé par les organismes de défense des régimes alternatifs, ne semble pas avoir encore conquis la majorité des esprits français. 

 

Si les mentalités semblent évoluer sur l'importance de l'arrêt de la consommation de viande, comme le constatent Pauline, Coraline, Clément et Régis-Pierre, la question du bien-être physique reste cependant très discutée.

 

Les régime végétarien est-il dangereux pour la santé ?

 

La peur des carences alimentaires est un argument avancé par les opposants, par exemple, de l'institution de régimes végétariens dans les cantines scolaires, expérimentation qui est laissée aujourd'hui au choix des municipalités. 

 

Le Figaro donne la parole en janvier à Jean-Marie Bourre, membre des Académies de médecine et d'agriculture, qui considère que les végétariens jusqu'aux végétaliens excluent la question de la nutrition dans leur lutte éthique et écologique. Véritable danger pour le bien-être des enfants, Jean-Marie Bourre avance qu'ils "ne font jamais référence à la nutrition, discipline socle de notre mode d'alimentation, si ce n'est pour signaler que des compléments alimentaires sont indispensables pour équilibrer l'alimentation végétalienne [...]" Il met également en avant le fait que les protéines animales seraient bien plus efficaces que les végétales. Il va même jusqu'à attribuer le déficit généralisé de vitamine D dans la population française (soit 70%) à une réduction globale des produits carnés. Peut-être faudrait-il ici nuancer en avancer les chiffres des Échos qui rendent compte certes d'une baisse généralisée de la consommation d'ovins mais d'une explosion de celle de volaille et d'animaux aquatiques.

 

Faut-il alors choisir entre un déficit de vitamine D et le bien-être de notre système cardio-vasculaire ?

 

Pauline me confie se sentir mieux depuis qu'elle a adopté un régime "healthy". Elle a réduit considérablement sa consommation de laitages et d’œufs et ne souffre pas de carences alimentaires. Coraline, quant à elle, faisait "n'importe quoi" au début et a pu souffrir de carences, notamment en fer. Mais avec l'aide de son médecin, très compréhensif et qui lui propose régulièrement des prises de sang, elle a pu trouver un équilibre. Pescitarienne à l'occasion, elle trouve ses protéines dans le poisson, l'avoine et de nombreuses céréales.

 

La carence est en effet le principal danger pour tout végétarien et surtout pour le végétalien qui exclut les sous-produits animaux de son alimentation. Léon Guéguen pour l'Association Française pour l'Information Scientifique précisait en 2008 qu'un végétalien averti prendra soin de trouver dans certaines sources végétales comme l'huile de lin, les micro-algues marines des acides gras-oméga 3 nécessaires à sa santé mais le directeur de recherche honoraire de l'Inra n'exclut pas non plus une nécessaire prise périodique de compléments alimentaires.

 

Face aux carences, les végétariens et végétaliens convaincus avancent l'argument du bien-être de notre système cardio-vasculaire qui s'appuie sur des études toutes aussi sérieuses. On peut ainsi citer celle de l'université d'Oxford de 2013 qui avance le chiffre de 32% de réduction des risques de maladies coronariennes. Le régime alimentaire végétarien voire pesco-végétarien apparaît comme le plus "healthy". Moins de risques de carences, de maladies cardio-vasculaires et de cancer colorectal.

 

Sous ce déluge de chiffres et d'études parfois contradictoires, il est nécessaire de prendre un peu de recul. Sur la diminution des risques de cancer, par exemple, peut-on considérer un régime alimentaire seul responsable ou non, sans prendre en compte diverses variantes (la pollution, le stress, la cigarette... ) ? 

 

Les végétariens plus anxieux ? 

 

Face aux crises sanitaires, la multiplication des études scientifiques et à l'injonction du bien dans sa tête et bien dans son corps de notre siècle, il y a de quoi devenir nerveux non ? Des chercheurs de l'université de Gratz en Autriche publiaient en 2014 une étude qui démontrait que les végétariens souffriraient davantage d'allergies (30,6 % en plus) et d'anxiété (9,4%)... 

 

Mannequins retouchés par ordinateur, stars du petit et du grand écran qui affichent un teint parfait et une santé mentale et physique qu'elles attribuent à leurs nouveaux régimes « healthy », études pseudo-scientifiques en circulation sur le net et recherches plus sérieuses sur ces nouveaux modes alimentaires... Comment Monsieur et Madame tout le monde trouvent-ils leur place dans un environnement médiatique qui active leurs peurs infantiles de la mort et attaque outrageusement leur estime de soi ? 

 

Sonia Carré

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