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"Merci Patron !" arrive enfin à Angoulême

Mardi soir, à la Cité Internationale de la Bande Dessinée d'Angoulême, la file d'attente déborde sur l'avenue de Cognac. On se presse, on se double, il n'y aura que cinq diffusions du film et on craint de ne pas avoir sa place... 

 

Sont-ils tous venus pour tomber dans le piège marketing si grossièrement tendu par Woody Allen, surfant sur la vague du New York des années 30 dans son Café Society à grands coups de vedettes pour adolescents ? Non, mais ils sont bien venus pour rêver, espérer un monde plus juste avec la famille Klur de Merci Patron ! le drame poétique filmé par François Ruffin et le journal Fakir dans les salles depuis le 24 février et avec au compteur un peu plus de 400 000 entrées grâce à Angoulême.

Le film événement fait salle comble à Angoulême

 

Deux ou trois sièges restent vides, tout au plus. La salle Nemo était déjà en partie remplie par les curieux venus revoir Les Temps Modernes proposé en prélude de ce ciné débat animé par deux instigateurs de "Nuit Debout Angoulême", une représentante du journal indépendant Fakir et l'association qui organise les ciné-mardi, Hidden Circle

 

Merci Patron ! nous invite pendant près d'une heure trente dans l'intime des anciens employés d'une entreprise de textile du groupe LVMH à Poix-du-Nord délocalisée en Pologne. Poussés dans leurs retranchements par un François Ruffin piquant aux costumes de Jean Yves Lafesse et de Michael Moore, les ex-ouvriers livrent leur colère mais surtout la rudesse de leur quotidien. Ils ne convenaient pas à Bernard Arnault, le PDG et homme le plus riche de France, parce qu'ils coûtaient trop cher ou ne pouvaient pas être embauchés dans les vitrines parisiennes du grand magnat du luxe. C'est un documentaire où on entre par la salle de bain.

Merci Patron ! le constat d'une fracture.

 

François Ruffin et l'équipe de Fakir proposent dans Merci Patron ! de renouer le dialogue social et pour cela, une seule solution, acquérir des petites actions du groupe pour pouvoir se rendre avec une ancienne déléguée syndicale CGT, des ex-vendeurs de la Samaritaine, à l'assemblée générale de LVMH à Paris. Il faut sauver les Klur et mettre à jour les rouages des grands groupes près à tout pour sauvegarder leur image. Comique de situation, scènes intimes, caméras cachés, rappels en images façon Pierre Carles, ce documentaire rend compte de l'immense fossé séparant les très riches des très pauvres, des préjugés et des incompréhensions qui résistent à la fracture sociale.

 

Le débat qui s'en suit est le parfait reflet de ce dialogue difficile. Devant l'écran, des participants de Nuit Debout Angoulême, quoi de plus logique puisque François Ruffin et ses collègues de Fakir sont à l'origine du mouvement parisien. Ils présentent le film comme une sorte de « tuto » donnant les clefs aux « petits bourgeois », ils se nomment ainsi, pour aider « ces gens-là », comme le souligne la nuit deboutiste et représentante de Fakir ce soir-là.

 

« Il y a-t-il dans la salle des ouvriers de Leroy-Somer ? », usine de Mansle menacée de fermeture et dont nous avions pu voir des représentants syndicaux dans les rangs des manifestations angoumoisines contre la Loi Travail. Silence, personne à l'exception peut-être d'un retraité de l'usine. Dans la salle, quelques timides mains se lèvent pour répondre à la question suivante « Avez-vous des fins de mois difficiles ? » Ce sont essentiellement des jeunes actifs ou non, des étudiants. Café Society ou Merci Patron !, le public est sensiblement le même ce soir. Toutes catégories d'âges, parité femme-homme mais très peu de mixité sociale et ethnique.

 

Merci patron ! Un film « joyeux » pour les nuits deboutistes qui s'interrogent sur la convergence des luttes et sur le rassemblement de la gauche bourgeoise et prolétaire. « Nous sommes des bourgeois ! », le constat est lancé sans appel dans la salle : la difficulté pour Nuit Debout de sortir de l'entre-soi.

 

Alors Merci Patron ! une solution à la convergence des luttes ou un grand point d'interrogation posé sur l'ensemble de la société ?

 

Sonia Carré

 

Photographie fond d'écran : ©J-E Mallet, journée de mobilisation contre la réforme du code du travail à Poitiers prise le 9 mars 2016 (lien Flickr)

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