Harcèlement : les femmes, et des hommes, n'en peuvent plus...

Rencontre avec Vincent Lahouze, blogueur utopiste qui rêve d'une France sans sexisme.

Affaire Baupin qui prouve encore une fois que le harcèlement et l'agression sexuelle n'ont pas de frontières socio-culturelles, chiffres toujours aussi alarmants (100% des femmes ont au moins une fois dans leur vie été harcelées dans un transport en commun d'après une étude du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes), et avec l'arrivée de l'été et les gambettes qui se dévoilent, la condition féminine est un sujet qui fait couler beaucoup d'encre en ce moment. Mais les femmes ne sont pas seules à lutter pour leur droit à la tranquillité dans la rue, au travail ou sur internet, leurs rangs se gonflent de plus en plus d'hommes qui refusent de vivre dans une France patriarcale.

 

News² a interrogé Vincent Lahouze qui a fait le buzz en postant il y a un an sur Facebook une photo de lui montrant ses jambes accompagnée d'un texte en soutien aux femmes victimes de la rue. Il publie régulièrement sur son blog "artiste comptant pour rien" ses observations et ses actions. Pour mieux comprendre la condition féminine, il a même incarné pendant un an une femme sur Facebook.

News² : Bonjour Vincent, pourrais-tu te présenter en quelques lignes pour nos lecteurs et lectrices ?

Vincent : Eh bien, il n'y a pas grand chose à dire. Je m'appelle Vincent, j'ai 28 ans, je vis à Toulouse et je travaille dans l'animation sociale et socioculturelle..!

 

News² : Le 7 juin 2015, tu publies en statut Facebook une photo de toi en short devant la glace accompagnée d'un texte choc sur la réalité du harcèlement de rue. Ce post fait rapidement le buzz et le tour du monde, le texte est même traduit en plusieurs langues. Quel en a été l'élément déclencheur ? Quel message voulais-tu faire passer ?

Vincent : Un énième statut sur Facebook d'une amie à moi qui se plaignait de subir du harcèlement juste parce qu'elle avait un short... Du coup, en rentrant, j'ai voulu montrer l'absurdité de la chose, en expliquant que l'égalité était encore loin d'être gagnée parce qu'en tant qu'homme, il n'allait rien m'arriver à me promener en short. C'était un statut avec un texte comme tant d'autres, sans prétention de buzz ni rien, juste une constatation de notre société.

 

Petit rappel du post en question...

 

"Demain je compte mettre un short pour aller au boulot

 

j'espère que je ne me ferai pas siffler dans la rue que je ne me ferai pas traiter de petite pute par des nanas si je refuse de donner mon numéro une cigarette ou si je ne réponds pas à un compliment vulgaire

 

"wesh t'es beau jeune homme sans déconner t'es charmant t'es célibataire il est à toi ce petit cul eh reviens allez c'est bon putain sale pute va " 

 

Truc du genre

 

j'espère que je ne prendrai pas une main au cul dans le métro par une vieille perverse profitant des heures de pointe et qui se collera à moi durant tout le trajet et tandis que je sentirai ses seins durcis contre mon dos je baisserai la tête honteux de ne pas pouvoir bouger tétanisé en sueur

 

Je ne rentrerai pas trop tard du travail et j'éviterai de traverser le parc tout seul on ne sait jamais une mauvaise rencontre est si vite arrivée mais c'est de ma faute je l'aurai bien cherché après tout je montre mes jambes je suis open à ce qu'on vienne me casser les pattes arrières non

 

Demain je mettrai un short pour aller au boulot et il ne m'arrivera rien parce que je suis un homme, tout simplement. 

 

L'égalité, c'est pour quand ?"

 

Vincent Lahouze

News² : Qu'est-ce qui, selon toi, t'a rendu sensible à la condition féminine ?

Vincent : La maturité ? Le fait de grandir et de prendre peu à peu conscience de nos privilèges en tant qu'hommes, ancrés dans la société actuelle. Le fait d'incarner une femme durant un an sur les réseaux sociaux et de voir toute cette violence verbale, crue, les photos, les viols mentaux, et me dire que ce n'était même pas 1/100 de ce qu'elles pouvaient vivre en réalité. Ça finit par remuer à force...

 

News² : Tu as donc incarné une femme pendant un an ?

Vincent : Exact. J'avais fini par me lasser de mon personnage littéraire que j'avais créé, le fameux Tyler Ledger, sorte d'alter ego noir et cynique, charmeur et manipulateur au possible, flirtant avec la folie, lien étroit entre le virtuel et le réel... Ma petite amie de l'époque a fini par me quitter, Tyler devenant trop envahissant dans la vie de Vincent. Je n'avais pas envie d'abandonner l'écriture pour autant alors j'ai eu envie d'un autre challenge littéraire. Incarner une jeune femme, Faustine, alias Faste et Furieuse... Une ex m'a prêté son visage afin de pouvoir alimenter le profil et la page en photos et c'était parti... Textes, citations, ça a duré un an où j'ai incarné Faustine sans que les gens sachent le mensonge. Même parmi mes proches. J'ai même poussé le vice à me mettre en couple avec moi-même à un moment donné... Au bout d'un an, j'ai dévoilé l'arnaque.

 

News² : Être une femme sur la toile c'est donc plus compliqué que d'être un homme ?

Vincent : Être dragué au quotidien par des dizaines de mecs, lourds et insistants, recevoir des photos que je n'avais pas franchement envie de voir, être sollicité(e) en permanence, vu comme un bout de viande. Alors, oui, j'avais du succès, j'étais suivi par près de 30 000 personnes mais... Il n'y avait plus d'intimité. Faustine leur appartenait en quelque sorte. Je me suis même fait draguer par mon meilleur pote pendant des mois avant que je lui fasse part du secret.

 

News² : Plus qu'un simple commentateur des inégalités femmes-hommes, tu agis et réagis comme dans ce texte, « Toi, j'vais te baiser », en avril dernier, dans lequel tu expliques comment tu es venu en aide à une jeune femme qui se faisait harceler dans le métro en te faisant passer pour son cousin. Est-ce le fait d'avoir incarné une femme pendant un an qui t'a donné le courage et l'envie de réagir ?

Vincent : Hum, non. Avoir incarné une femme pendant un an est loin de la réalité actuelle concernant la gente féminine mais ça a eu le mérite de me faire ouvrir les yeux et de me documenter sur le féminisme, de me renseigner un peu, de comprendre... Ce qui m'a poussé à agir est, d'une part mes valeurs et mes convictions mais surtout le fait de savoir que des personnes avaient déjà agi de la sorte avant moi et que cela avait marché. Et pour cela, certaines pages comme Paye ta Schnek (Tumblr de témoignages de harcèlement sexiste dans l'espace public, n.d.l.r.), StophHDR (association Stop Harcèlement de Rue, n.d.l.r.) ou le Tumblr Projet Crocodile (histoires de harcèlement et de sexisme en bandes-dessinées, n.d.l.r.) sont parfaits pour cela..!

 

News² : Te considères-tu comme féministe ?

Vincent : Non. Je crois que le mot féministe n'est pas bon. Pour être plus clair, je crois qu'il faudrait dire humaniste, et les autres qui ne le sont pas sont des sexistes et de sombres merdes. Je ne me considère pas comme un homme féministe, je ne connais pas suffisamment ce mouvement et je ne suis pas légitime pour en parler. Et il y a tellement de branches et de distorsions entre elles, déjà. Je préfère me voir comme un homme utopiste. 

 

News² : Utopiste ? Tu penses que le sexisme a encore de beaux jours devant lui ?

Vincent : Malheureusement. C'est bien beau d'essayer de faire évoluer les mentalités des gens et en priorité des hommes. Et je suis le premier à faire bouger les consciences et à nous auto-éduquer mais... La genèse du problème ne se situe pas là. Le vrai souci, c'est les médias, l'hyper sexualisation des corps (féminins surtout), c'est les pubs, les émissions télé-poubelles qui exhibent la femme comme une poupée sans cervelle mais à la plastique de rêve et l'homme comme le séducteur qui doit collectionner encore et encore ses conquêtes. Comment peut-on éduquer convenablement nos enfants, nos adolescents, les adultes, quand on baigne dans une société où les injonctions à la minceur, au sexy, au corps encore et toujours sont banalisées et ommi-présentes?

 

News² : Dans ton travail d'animateur socio-culturel, tu dois sans doute rencontrer des jeunes qui doivent être plein de ces images du corps féminin. Est-ce que tu discutes du sujet avec eux ?

Vincent : Constamment. J'évolue au sein d'un public de 6-12 ans et la plupart est gavée à la télé-réalité. Nous essayons de leur apporter une autre vision. Pas facile mais pas infaisable...

News² : Pour conclure, aurais-tu un conseil à donner à nos lectrices et nos lecteurs ?

Vincent : Ne vous taisez pas, réagissez, vous n'êtes pas seuls. Osez.

Propos recueillis par Sonia Carré

 

Photographie en fond d'écran © Rosea Lake


Écrire commentaire

Commentaires : 0