L'école à l'ère du macronisme

En réaction aux 43 propositions pour l'Ecole élaborées par le Medef toutes fraîches, quel avenir pour nos enfants ? A l'heure où l'on ne parle que de productivité, de rentabilité, d'aptitudes ou d'inaptitude au travail, quelle place pour l'enseignement de l'esprit critique ?

 

 

Après douze années de socle commun de connaissance et compétence introduit par François Fillon en 2005 et adoucie d’une « culture » par le gauche mais complété par des évaluations par compétences, voilà que le monde du travail va tranquillement pouvoir finir d’emménager au 110 rue de Grenelle.

 

Ferry et Durkheim les fondateurs de notre école ont jeté les bases d’une école émancipatrice, non sans arrières pensées probablement, faire des citoyens émancipés capable de penser et agir par eux-mêmes. Il est vrai, nous pouvons certainement penser qu’à cette époque déjà, celle d’une école hyper sélective et dont les échelons supérieurs étaient réservés à une élite le but fondateur était avant tout par ce creuset de consolider les fondations de notre République.

Les travailleurs et travailleuses de France recevaient donc la même éducation dans la même langue entre « les mêmes » murs.

 

Bien sûr l’école a toujours été cet outil utile de la République, celle de former des citoyen.ne.s dans une pensée orthodoxale, juste, droite et conforme à nos valeurs.

 

Mais voilà qu’arrive la fin du XXème siècle et l’on se plaît à penser que l’école peut devenir juste et ouverte à tous. Et a priori il semblerait que ce soit le cas. N’entendons-nous pas nombre de fervents défenseurs de la fameuse « Egalité des chances » crier haut et fort que tous les enfants naissent et demeurent libre et égaux en droits puisque chacun a la possibilité, que dis-je ? L’obligation de se rendre à l’école de l’âge 6 à l’âge de 16 ans, pour y recevoir cette instruction commune, sans inégalité.

 

Bien sûr si certains ne s’en sortent pas, on peut toujours attribuer leur échec à un défaut d’intelligence, une incapacité naturelle pour les études longues, un manque de motivation, une tendance à la délinquance et une propension aux comportements anti scolaires. Evidemment ces « jeunes » là ne sont pas faits pour rester longtemps à l’école. Quelle cruauté que nous leurs infligeons ! Les obliger à rester de longues heures assis sur une chaise à écouter sans fin des discours qu’ils ne sont pas en capacité de comprendre et de recevoir. Formons-les donc, ou devrai-je dire : aidons-les ! Car leur réel destin n’est pas de s’user sur les bancs d’une école où ils n’ont évidemment pas envie de passer du temps. Un lieu de souffrance pour eux ! Puisque finalement nous ne sommes pas tous doués pour faire des études.

Voilà donc ce que l’égalité des chances offre : la culpabilité et l’incapacité individuelle, évidentes, à recevoir des savoirs, à apprendre, à comprendre.

 

En d’autres termes, certains ne seraient pas fait pour s’ouvrir au monde pour ouvrir leur esprit. Ces enfants « manuels » auront tôt fait de se satisfaire d’un cursus court. Bien évidemment tel sera leurs choix naturels lorsque mis devant le fait accompli de leur échec, accompagné par des familles au capital social fort mal loti, on leur annonce la triste nouvelle, tel un diagnostic médical qui ne souffre pas de contradiction : l’orientation vers des filières courtes d’apprentissage, où le niveau d’exigence sera bien plus adapté aux capacités de leur enfant.

Compétences, savoir-faire, savoir-être voilà autant de termes qui alimentent le champ lexical et l’idéologie de l’employabilité que les « penseurs » de droite comme de gauche ont offert à des générations entières d’enfants et d’adolescents au sein de l’Ecole émancipatrice. Les faisant se juger entre eux et s’auto-juger à l’aune d’une idéologie productiviste de rentabilité et d’utilitarisme. La noble mission de l’enseignant et de l’ensemble des personnels de l’éducation se résume donc à transformer des enfants élevés dans des cercles familiaux aussi divers que riches qui font la grandeur de notre nation en des cohortes de futurs travailleurs prêts à l’emploi et livrés au féroce marché du travail.

La tromperie, le mensonge de l’égalité des chances nous est révélé par un grand nombre d’intellectuels, de chercheurs, de penseurs de l’éducation et de la sociologie (Dubet, Van Zanten, Duru-Bellat, Bourdieu... pour n'en citer qu'une infime partie) Cette tromperie se résume en quelques mots : l’égalité des chances en effet est dure à renier, de manière factuelle, nous pouvons considérer que chaque enfant a la possibilité d’être l’objet du déversement de ce savoir qui le rendra utile pour la société, cependant les contextes socio-culturels divers font de cette école non plus un creuset commun mais un hall de gare ou chacun est trié. Trié, non pas en fonction de son « mérite » comme les tenants de l’élitisme républicain nous l’assènent à longueur de temps, mais bien en fonction de son contexte social, son capital culturel qui est plus responsable de l’échec et de la réussite que la soi-disant motivation des élèves à réussir. Car réfléchissons bien à cette idéologie : quel enfant, quelle famille, souhaite être mis en échec et ne pas avoir un avenir serein ?

Vient alors le temps des compétences, de la formation, de l’employabilité.

 

Celui de l’idéologie ultralibérale qui voudrait que les élèves au sortir de l’école soient détenteurs non pas de savoirs qui forment leur pensée pour les rendre aptes à affronter le monde dans toute sa férocité et sa laideur, mais bien celle de la maîtrise de savoirs-faire, d’aptitudes.

 

L’élection présidentielle à peine passée, nous voyons déjà fleurir de la part de la figure de proue de cette idéologie, le MEDEF, des « recommandations » pour l’école. Cette hydre entend faire développer l’esprit d’entreprise dès l’école. Exit l’esprit critique ! Exit la pensée autonome et émancipée ! Sur fond de réforme du travail entamées et promises, l’étape suivante de ce grand plan révolutionnaire pour la France, ce plan pour la sauver, pour la rendre compétitive et productive est d’investir dès l’âge le plus tendre et le plus malléable l’esprit des futurs citoyens ! Rajoutons à cela la sacro-sainte volonté de « développer l’apprentissage » (court et peu couteux, réservé bien entendu aux classes sociales dont le capital culturel ne leur permet pas une réussite brillante dans le cursus d’une école violente et sélective), et la formule est complète : de belles générations de travailleurs formés par nos enseignants.

 

En quelques mots : l’Ecole à l’ère du Macronisme, facilité par les politiques éducatives de la Vème République.

 

Christopher Lopez

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Le Livre Bleu du MEDEF
Ensemble des recommandations pour la France élaborées par le Medef en 2017 dont 43 pour l'école
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