L'écho des législatives

Le couperet est tombé, la France Insoumise ne sera pas au second tour des élections législatives de la 1ère circonscription de Charente-Maritime.

 

A qui la faute ?

 

On ne saurait dire. La seule certitude qui reste c’est que les insoumis.es ont souffert du fort taux d’abstention en ce premier tour. 53 % au niveau national tandis que localement près de 11 000 voix manquent à l’appel par rapport au premier tour de la présidentielle. L’essai n’a donc pas pu être transformé.

 

Battus en brèche par la défaite de la présidentielle, dans l’obligation d’aller déposer un bulletin Macron dans l’urne au second tour, abattus par les prophéties auto-réalisatrices d’une caste médiatique soudainement prise de macronite et qui n’avait de cesse que d’annoncer un raz-de-marée "En Marche", les espoirs et la volonté des électeurs Insoumis se sont évanouis pour sa plus grande composante.

 

A La Rochelle 5 703 personnes ont tout de même affronté le tsunami Macron serrant les dents face à la déferlante pour déposer un bulletin « Cédric Ruffié, Yhlem Dekkiche » dans l’urne. Ces femmes et hommes convaincus n’ont pas vu leurs espoirs réduits à néant par le battage général et les roulements de tambours des armées en marche.

Le couperet s‘est donc abattu sur les militant.e.s insoumis.es, un couperet certes mais un beau score néanmoins.

Mouvement neuf jusqu’alors inconnus ayant eu à affronter une médiatisation nationale défavorable les militants sont tout de même parvenus, sur les terres d’un homme solidement enraciné, à convaincre.

 

Bureaux de vote après bureaux de vote le verdict se fait de plus en plus net. Les candidats sont présents dans la salle de l’oratoire de La Rochelle. Jean-François Fountaine, maire de la ville, est lui aussi sur les lieux de dépouillement de quatre des bureaux de vote de la ville. Enfin nous arrivons au 56ème et dernier bureau...

Le résultat est sans appel, avec un score de 10.92  %, Cédric Ruffié et Yhlem Dekkiche s’inclinent face aux scores d’Otilia Ferreira (Modem) pour En Marche et Olivier Falorni, respectivement 26.99 % et 36.54 %, la première circonscription n’offrira pas de député insoumis à l’Assemblée Nationale.

Olivier Falorni entre en scène...

Pour lui pas d’entrée par la porte du public. Le baron local entre en conquérant. Sa posture l’exprime : il domine la région et ses militants en sont conscients lorsqu’ils l’accueillent au son des « Ici, ici, c’est Falorni ! » tels des supporters du stade rochelais, dont les couleurs (Jaune et noir) ont d’ailleurs été empruntées par M. Falorni au cours de cette campagne, symbole de sa volonté de se présenter comme un élu attaché à sa terre natale. Au cours de sa campagne de 2012 qui l’avait opposé à Ségolène Royale, il avait opté pour une stratégie similaire en remplaçant le « O » de Falorni par des ballons de rugby, qu’il continue d’afficher sur son site internet de campagne.

Une stratégie de communication basée sur sa personne (« un bon député on le garde »).

Cette absence de confrontation (Olivier Falorni n'a assisté à aucun débat) a permis un flou de positionnement durant cette campagne. Se disant libre, M.Falorni affiche néanmoins une proximité d’idées avec le président récemment élu et par extension avec sa candidate officielle. En effet, ses votes à l’Assemblée que ce soit sur la loi Macron, les lois budgétaires, ou son abstention sur la motion de censure au gouvernement durant le passage en force de la loi El-Khomri ne peut que laisser penser qu’il suis une politique Macron-compatible.

Seulement voilà, cet état de fait ne peut être confirmé que par un positionnement clair et un affichage de ses intentions. Ce que l’on peut considérer de la candidature du député sortant c’est qu’elle joue pour une grande part sur son image d’homme affable et accessible, proche du peuple mais néanmoins peu transparent sur sa ligne politique. L’abstention et la victoire d’E.Macron ayant fait leur travail, ce premier tour a fait appel aux électeurs assidus d’une part, attachés à la figure de l’homme sympathique et aux enthousiastes d’autre part portés par la victoire du mouvement En Marche.

Ce dimanche 11 juin on a pu cependant voir un contraste saisissant avec l’annonce des résultats du 8 mai 2017.

Les militants En Marche, dont les troupes ont par ailleurs été divisées entre les deux candidats accédant au deuxième tour, n’affichent plus l’exultation de la victoire du candidat Macron. Les t-shirts et polo portant le nom du nouveau Président de la République alors présents dans cette même salle sont aujourd’hui absents. Cette division et cette absence d’exultation peuvent s’expliquer possiblement par le fait que les deux candidats sont sur une ligne politique compatible avec celle du gouvernement Macron. Le candidat sortant s’affichant d’ailleurs sur ses tracts en compagnie du nouveau locataire de l’Elysée.

La candidate du Modem n’affiche donc pas le triomphalisme qui pourtant paraît être de mise au vu des résultats (26.99 %).

Entourée de quelques partisans, cette dernière échange avec des journalistes présents sur les lieux et vient féliciter les candidats courageux qui se sont rendus en ce jour à l’annonce des résultats (Wael Gribba pour l’UPR, Jean-Marc Soubeste d’EELV, Bruno Leal UDI/LR), ces derniers s’éclipsant rapidement dans cet ambiance chargée de slogan pro-Falorni auxquels succède un discours du Maire de La Rochelle (soutien d’E.Macron lors de la présidentielle et proche d’Olivier Falorni). On peut par conséquent en déduire que la première circonscription de Charente-Maritime enverra un député Macron-compatible à l’Assemblé Nationale.

En revanche, un point reste à élucider : quel sera le taux de participation au second tour ?

En effet les votants ayant fait le déplacement le dimanche 11 juin pour déposer un bulletin d’un parti dit « de gauche » ( EELV, PCF, FI, L.O.) représentent 16.75 % (8745 votants) des suffrages exprimés pour un taux de participation de 51.16 % rendant la légitimité de ce premier tour plus que discutable et il est probable que cette affiche de second tour ne les satisfasse pas. Le nombre de votants ayant atteint 52 793 citoyens (total d’inscrits : 103 197), pour une circonscription qui compte 136 043 habitants, et risquant lors de ce second tour de chuter plus encore.

Que retenir ?

Tant d’un point de vue local que d’un point de vue national est que l’offre politique n’attire visiblement plus les électeurs. La France Insoumise qui avait réussi à attirer à elle bon nombre d’électeurs pouvant être séduit par l’extrême droite ou abstentionnisme n’a pas pu, du fait d’un délitement des volontés des électeurs, totalement convertir son score aux présidentielles. D’autre part et malgré les pourcentages obtenus en terme de suffrages exprimés il est à observer que les deux candidats en ballotage ne sont finalement fort que d’un pourcentage réduit du nombre d’inscrit sur les listes électorale (18.49 % pour Olivier Falorni soit environ 19 000 voix et 13.66 % pour Otilia Ferreira soit environ 14 000 voix) et n’auront, quelque soit le résultat final de cette élection qu’une représentativité très relative.

 

En incluant dans un paysage plus large, celui des résultats nationaux et le scénario de l’arrivée de plus de quatre cents députés Macron-compatible on ne peut, au-delà du succès visible et de la légitimation institutionnelle du pouvoir maintenant installé, que questionner la légitimité auprès des citoyens que représentent les idées portées par le candidat maintenant président de la République et ses futurs députés au sein de l’hémicycle. 

 

Christopher Lopez

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