Le CNESCO enquête sur le fonctionnement des restaurations scolaires et sur la qualité des bâtiments

Dans son dernier rapport, le CNESCO nous propose une lecture de certains éléments attribués, à la suite des lois de décentralisation, aux collectivités territoriales au sein des établissements. A savoir : la restauration scolaire, la réfaction et le maintien en bon état des locaux et qui influent sur la qualité de vie des personnels et des élèves à l’école et par extension qui ont un effet sur la réussite ou l’échec scolaire. Ce rapport soulève un paradoxe important : au cours des trente dernières années la décentralisation des compétences périscolaires a permis une amélioration globale des conditions de vie au sein des établissements et en effet comme le souligne le rapport, les restaurations scolaires, les activités proposées ainsi que l’état des bâtiments se sont améliorées.

 

Néanmoins, cette même décentralisation place dans une situation d’inégalités les territoires et par extension les professionnels, les élèves et leurs familles puisque par définition les politiques éducatives sont dépendantes de deux facteurs déterminants : le budget (les finances de la collectivité) et la politique éducative (le projet porté par les élus locaux).

La restauration scolaire : lieu d’apprentissage et de sociabilité

Ce rapport nous propose tout d’abord une lecture positive de la restauration scolaire, lieu de vie par essence prépondérant dans les établissements français. Le rapport du CNESCO nous informe d’emblée que contrairement à ses voisins auxquels le système français est habituellement comparée à sa défaveur (Suisse, Autriche, Pays-Bas …), la restauration scolaire s’est imposée comme un lieu d’apprentissage des savoirs-être à part entière influant sur la santé (par le slow-food, comprendre le fait de manger lentement et de manière variée et équilibrée)  et le bien-être des élèves français.

 

Les chercheurs nous exposent néanmoins une faiblesse, toute française, pointée auparavant par un précédent rapport du CNESCO de septembre 2016 : les inégalités sociales, qui ont un impact sur la qualité des apprentissages à l’école, sont également présentes dans les restaurations scolaires.

En moyenne 30 % des élèves ne sont pas inscrits dans les cantines scolaires. En Education Prioritaire (dispositif pointé du doigt dans le rapport du 26 septembre 2016), ce taux monte à 60 % tandis qu’en REP + « seuls 25% des élèves sont inscrits au restaurant scolaire ».

 

Il faut rappeler ici que les services de restauration scolaire sont des compétences des collectivités territoriales (commune, département, région) et que par conséquent ces services ont un coût (personnels et produits) ainsi comme le souligne le rapport et contrairement à certains pays (Suède ou Finlande) la restauration scolaire n’est pas gratuite dans les écoles françaises. De plus les adaptation tarifaires en fonction des moyens des familles n’existent que dans 40 % des établissement enquêtés par le CNESCO, conséquence logique d’une politique de territorialisation des compétences périscolaires puisque de fait les C.T. n’ont ni les mêmes budgets ni forcément les mêmes volontés politiques de rendre accessible un espace qui, comme le souligne le rapport, est essentiel à la vie scolaire et aux apprentissage d’une sociabilité et d‘une relation à l’alimentation saines.

 

Par ailleurs, le rapport souligne que les familles « plus nécessiteuses » (nous noterons au passage l’utilisation de cette formulation pour le moins hasardeuse) ont un accès de droit à des bourses et des aides financières pour pouvoir accéder à ce service mais comme souligné les démarches administratives lourdes ont un effet dissuasif (cf. Rapport gouvernement de 2015 sur l’école et la grande pauvreté).

 


Autre point qui représente un frein et qui au cours des années a souvent fait l’objet de débat houleux : l’absence de menus alternatifs sans viande. 

 

Le bâti : élément déterminant du bien-être des adultes et des enfants ainsi que de l’innovation pédagogique

Concernant le bien-être et les apprentissages, le rapport soulève l’effet positif global de la décentralisation sur le bâti, à savoir la qualité des locaux mis à disposition par les collectivités territoriales permettant d’une part un climat de vie propice aux apprentissages et d’autre part des améliorations didactiques et pédagogiques.

 

Cependant cette décentralisation des compétences et les améliorations afférentes ne sont pas faites dans l’égalité. En effet pour les mêmes raisons que la cantine n’est pas accessible à tous et partout, les bâtiments ne sont pas remis aux normes et améliorés de manière uniforme puisque les EPLE (Etablissement Public Local d'Enseignement) et leur état repose entièrement sur des budgets locaux. On comprend donc logiquement que le ressenti positif des chefs d’établissement et les travaux de réfactions effectifs ne soient pas également répartis sur l’ensemble du territoire national.

 

De la même manière les activités périscolaires proposées au sein des établissements reposent sur une même logique territoriale et ne peuvent être uniformément perçues et considérées comme égalitaires puisqu’elles sont de fait soumises aux politiques et aux budgets des élus locaux.

Lorsque l’on lit ce rapport on comprend donc assez rapidement que les éléments favorisant le bien-être au sein des établissements et par conséquence favorisant les apprentissages des élèves et leur réussite scolaire sont facilement connus et reconnaissable. On peut donc se demander quel est le frein essentiel à la réalisation complète des facteurs permettant de mettre en place un climat dans les aspects dits périphériques de l’école (restauration, activités périscolaires et même transport). La réponse relativement aisée est la suivante : le facteur économique et politique reposant sur la responsabilité des collectivités territoriales.

 

 

Les CT étant de fait dépositaire du rôle d’acteur éducatif périphérique aux apprentissages dans la classe mais dont les aspects qui sont sous leur gestion ont un impact sur la vie dans la classe et le bon déroulement de celle-ci, on peut donc aisément en arriver à la conclusion qu’une politique éducative globale permettant une uniformisation égalitaire du fonctionnement des écoles en termes de qualité de vie (restauration, sanitaires, propreté, luminosité, activités) devrait être conduite afin de permettre à l’ensemble des élèves du pays d’avoir d’égales condition de vie, et de bien-être au sein du système scolaire.

 

Des inégalités sociales présentent dans tous les pores de l’école

Cependant, le rapport soulève, même s’il s’attarde sur des points périphériques de la vie scolaire des élèves, le caractère toujours inégalitaire du système scolaire français en complétant les travaux de recherche réalisé dans le rapport publié en septembre 2016 d’une école à plusieurs vitesses.

Dans ce modèle de fonctionnement les inégalités sociales se retrouvent à l’école, qui de son côté ne parvient pas à les gommer et par conséquent ces inégalités et vont se répercuter sur la vie de l’élève en terme de traitement, de résultats, de diplomation et à long terme d’insertion dans la vie professionnelle.

 

Si l’on considère, à la lecture de nouveau rapport issu de trois années de recherche que les éléments périphériques ont un effet déterminant sur le bien-être des élèves et leur réussite scolaire et que dans un même il existe là aussi des inégalités sociales territoriales (collectivités) et financières (familles) alors on peut supposer que permettre d’égale condition de vie dans les établissement permettront d’avoir des conditions de réussite plus égales.

 

 

A l’inverse ne pas permettre aux collectivités territoriales d’avoir des budgets suffisant ou laisser au bon vouloir d’élus locaux et de politiques éducatives locales l’existence de ces conditions de vie égales va placer de fait les élèves en situation d’inégalité accrue au sein du système scolaire. 

 

Christopher Lopez

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